Des milliards d’euros dorment sur des contrats d’assurance vie de personnes décédées. La raison ? Personne ne les a réclamés. Des bénéficiaires mal identifiés ou qui ne se manifestent pas laissent parfois des sommes dormantes sans le savoir. La Caisse des Dépôts (CDC) gère ces fonds « en déshérence », qui représentent aujourd’hui près de 8 milliards d’euros. Et vous, avez-vous un pactole secret qui vous attend ? Pour le savoir, le service ciclade.fr de la Caisse des Dépôts vous permet de faire vos recherches.
- En 2025, le site a enregistré environ 10,6 millions de visites et près de 200 000 demandes de restitution, contre 94 000 l’année précédente.
- La moyenne des versements s’élève à 943 € par dossier, soit un total de 164,4 millions d’euros redistribués aux ayants droit.
Alors quelles démarches suivre si vous êtes concerné ? Et comment faire pour éviter qu’une telle situation ne se produise ?
Assurance-vie non réclamée : un phénomène important mais peu connu
Pourquoi ces contrats restent-ils non réclamés ?
La déshérence des contrats d’assurance-vie s’explique par des raisons administratives, des oublis ou des questions juridiques.
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Pour aller plus loin
Assurance-vie expliquée aux nuls : fonctionnement de ce placement
Défaut d’information des bénéficiaires
Souvent, les bénéficiaires ignorent qu’un contrat a été établi en leur faveur.
La raison est simple : le souscripteur peut choisir de ne pas dévoiler cette information et laisser l’assureur les contacter le moment venu. Mais sans informations claires ou contacts à jour, les recherches peuvent s’avérer compliquées.
Autre explication : des bénéficiaires désignés de manière indirecte. Par exemple avec une clause standard vague qui mentionne simplement les héritiers.
Bien sûr, on peut supposer être bénéficiaire dans certaines situations, notamment après le décès d’un proche.
Les notaires peuvent également aborder le sujet lors du règlement de la succession, même si l’assurance-vie est en principe hors succession. Pour éviter la déshérence, le mieux reste néanmoins d’informer ses bénéficiaires.
Coordonnées obsolètes ou clause imprécise
Autre source de déshérence : la clause bénéficiaire. Une clause mal rédigée ou sans coordonnées mises à jour rend la recherche des bénéficiaires plus difficile.
Par exemple, des mentions vagues comme « mes héritiers » ou « mes enfants », sans plus de précisions, peuvent compliquer la situation, surtout quand la famille évolue.
Manque de suivi des contrats par les souscripteurs
Avec le temps, certains épargnants oublient qu’ils disposent de contrats ou ne pensent pas à les actualiser. Un déménagement, un divorce ou une naissance peuvent rendre la clause bénéficiaire dépassée.
Sans mise à jour régulière, le contrat devient plus difficile à exploiter après le décès.
Le rôle essentiel de la Caisse des Dépôts dans ce système
Si l’assureur ne retrouve pas les bénéficiaires dans les 10 ans qui suivent la notification du décès, les fonds sont transmis à la Caisse des Dépôts et Consignations. Cet organisme public les conserve pendant 20 ans.
Tous sont recensés sur le service en ligne Ciclade. Passé ce délai, au bout de 30 ans donc, l’argent revient définitivement à l’État.
Comment savoir si vous êtes bénéficiaire d’une assurance-vie ?
Le service Ciclade : la démarche officielle à connaître
Une solution pour retrouver une assurance vie non réclamée : Ciclade. Créé par la CDC en 2017, ce service en ligne permet de chercher et récupérer de l’argent oublié. Il est gratuit et ouvert à tous.
Ciclade complète la loi Eckert de 2014, qui demande aux établissements financiers d’identifier les titulaires, de chercher les bénéficiaires et de transférer les fonds de comptes inactifs à la CDC pour faciliter leur restitution.
C’est l’unique site officiel pour retrouver des fonds issus :
- de comptes bancaires ;
- d’épargne salariale ;
- de bons de capitalisation ;
- de contrats de retraite supplémentaire ;
- ou d’assurances vie et prévoyance décès.
Depuis sa mise en œuvre, ce dispositif a déjà permis de restituer plus de 1,2 milliard d’euros aux ayants droits.
Les étapes concrètes pour vérifier votre situation
La recherche s’effectue sur le site Ciclade.fr.
Il faut d’abord entrer avec soin les informations du défunt :
- son nom complet ;
- sa date de naissance ;
- sa date de décès.
Vous pouvez aussi ajouter la dernière adresse connue, la commune de naissance ou de décès. Ainsi que les références du compte (IBAN) ou encore celles du contrat recherché, si vous les connaissez.
Une fois la demande enregistrée, le système vérifie automatiquement l’existence éventuelle de sommes disponibles.
Que faire si le résultat est positif ?
Un contrat existe à votre nom ?
Vous devez alors fournir plusieurs documents :
- une pièce d’identité ;
- un justificatif de domicile ;
- les éléments prouvant le lien avec le souscripteur.
L’étude du dossier peut prendre plusieurs semaines. Une fois vos droits confirmés, les fonds sont directement versés sur votre compte bancaire.
Quelles bonnes pratiques pour éviter qu’un contrat ne reste non réclamé ?
Bien rédiger et actualiser la clause bénéficiaire
La clause bénéficiaire est un pilier essentiel du contrat d’assurance-vie. Sa rédaction mérite une attention particulière, car elle détermine avec précision qui recevra le capital. Elle doit être sans ambiguïté et régulièrement actualisée.
Le meilleur moyen est d’inscrire :
- les noms et prénoms complets de chaque bénéficiaire ;
- leurs dates et lieux de naissance ;
- leurs coordonnées actuelles.
Cette précision, qui peut sembler anodine, est en réalité primordiale. Elle facilite l’identification des ayants droits par l’assureur le moment venu, réduit les délais et évite la confusion.
Informer ses proches de l’existence du contrat
Certes, il n’est pas obligatoire d’informer de l’existence d’une assurance-vie et de sa clause bénéficiaire. Néanmoins, il vaut toujours mieux en parler à au moins une personne de confiance.
Cette simple précaution limite fortement le risque que le contrat soit « oublié ». C’est notamment le cas si le bénéficiaire ne fait pas partie de la famille proche de l’assuré.
Un proche mis dans la confidence pourra, le moment venu, effectuer les démarches nécessaires ou alerter les autres bénéficiaires potentiels.
Centraliser ses informations patrimoniales
D’autres solutions existent pour limiter le risque de déshérence :
- regrouper ses documents importants dans un endroit accessible ;
- informer un tiers de confiance (notaire, avocat, conseiller patrimonial…).
Dans tous les cas, des instructions claires et aussi précises que possibles permettent d’assurer une transmission efficace et surtout conforme à ses volontés.
Assurance-vie et succession : ce qu’il faut comprendre
Sur le plan fiscal, l’assurance vie suit un régime particulier qui la distingue des autres produits de placement.
Grâce aux exonérations qui s’appliquent, le capital est directement transmis aux bénéficiaires désignés, sans passer par la case succession. De quoi permettre une transmission rapide et souvent fiscalement avantageuse.
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Je découvre l’assurance-vie NaloUne fiscalité particulière pour les bénéficiaires
Au décès, le capital est transmis avec une fiscalité spécifique, souvent plus légère que les droits habituels de succession.
Les bénéficiaires profitent d’abattements importants selon l’âge des versements :
- pour les versements avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 € sur la part reçue, intérêts compris. Ensuite, un prélèvement de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 % au-delà ;
- pour les versements après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s’applique à l’ensemble des primes versées, tous contrats et tous bénéficiaires confondus. Dans ce cas, seules les primes au-delà de ce montant sont taxées ; les intérêts et plus-values restent exonérés.
Délais et conditions de versement des fonds
Une fois les bénéficiaires identifiés, l’assureur doit verser rapidement les fonds. Si le paiement tarde sans raison valable, les bénéficiaires sont en droit de réclamer des intérêts de retard.
Près de 8 milliards d’euros d’assurances vie dorment sans être réclamés. Derrière ce chiffre, se cache un droit que de nombreux bénéficiaires ignorent encore.
Le manque d’information et des erreurs dans la rédaction de la clause expliquent en grande partie ce phénomène. Grâce à la CDC et à son service Ciclade, il est maintenant plus simple de vérifier ses droits et de récupérer cet argent oublié.
En parallèle, bien organiser son patrimoine et communiquer avec ses proches reste essentiel pour une succession optimale et conforme à ses volontés.
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Pour aller plus loin
FAQ
Comment savoir si je suis bénéficiaire d’une assurance vie non réclamée ?
Il suffit de faire une recherche sur le site Ciclade, géré par la Caisse des Dépôts, en renseignant les informations du défunt. Si un contrat vous est associé, vous pourrez en faire la demande en ligne en fournissant les justificatifs nécessaires.
Pourquoi des assurances vie ne sont-elles jamais réclamées ?
Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :
- les bénéficiaires, ignorent l’existence du contrat ;
- la clause bénéficiaire est trop vague ou mal rédigée ;
- les coordonnées du bénéficiaire n’ont pas été mises à jour auprès de l’assureur.
Une assurance-vie fait-elle partie de la succession ?
En général, non : le capital est transmis directement aux bénéficiaires désignés, en dehors du cadre successoral. Il existe toutefois des exceptions, notamment en l’absence de bénéficiaire désigné ou en cas de primes jugées excessives.
Qui peut profiter d’une assurance-vie ?
Toute personne nommée dans la clause bénéficiaire : un membre de la famille, un proche, ou même quelqu’un sans lien familial avec le souscripteur. Le souscripteur reste libre de modifier cette désignation à tout moment pendant la durée de vie du contrat.
