En principe, une hausse des taux obligataires peut entraîner une baisse des actions : quand les emprunts d’État rapportent davantage, les investisseurs exigent plus des actions et acceptent de les payer moins cher. Ce n’est pourtant pas ce que l’on a observé en 2026, notamment à Wall Street. Le S&P 500 a encore progressé de 1,8 % entre le 30 juin et le 18 septembre (FactSet), alors que le taux américain à 10 ans dépassait 5 % (Trésor américain). Comment expliquer ce phénomène ? Et toutes les Bourses ont-elles vraiment résisté ?
Pourquoi les Bourses n’ont-elles pas chuté malgré la hausse des taux obligataires ?
Là où les Bourses ont tenu, les bénéfices attendus des entreprises ont augmenté plus vite que ne baissait le prix que les investisseurs acceptent de payer pour chaque euro de bénéfice. Là où ce moteur manquait, comme à Paris, la baisse a bien eu lieu.
Trois constats résument la situation :
- Les taux d’État à 10 ans ont pris environ 1 point depuis janvier aux États-Unis, en France et au Japon (relevés des 24 et 25 septembre 2026).
- À Wall Street, le bénéfice par action attendu du S&P 500 sur 12 mois a progressé de 8,8 % entre le 30 juin et le 18 septembre 2026, pendant que le prix payé pour ces bénéfices reculait : l’indice a gagné 1,8 % (FactSet).
- À Paris, le CAC 40 a perdu 7,6 % entre son plus haut de séance de l’année, 8 742,21 points le 6 août, et sa clôture du 24 septembre, 8 081,43 points (données Euronext relayées par Boursorama et BFM Bourse).
La hausse des taux pèse donc bien sur les actions. Ce qui a fait la différence d’un marché à l’autre, c’est la capacité des bénéfices à compenser.
Pourquoi une hausse des taux fait-elle normalement baisser les actions ?
Il faut comprendre que le rendement exigé des actions suit le taux sans risque : quand les obligations d’État rapportent davantage, les investisseurs n’acceptent de détenir des actions qu’à un prix plus bas pour un même bénéfice attendu.
Le cours d’une action ou d’un indice peut se décomposer ainsi :
Cours (ou prix de l’action) = bénéfice par action attendu × PER (ou multiple)
Avant d’aller plus loin dans l’article, il faut comprendre 3 concepts clés :
- Le PER à 12 mois (price earnings ratio) rapporte le cours au bénéfice par action attendu sur les douze prochains mois. Un PER de 20 signifie que l’on paie 20 € pour 1 € de bénéfice annuel attendu. Dis autrement : le prix de l’action est rentabilisé au bout de 20 ans à bénéfice constant.
- Le rendement bénéficiaire (part du bénéfice dans le prix de l’action) est l’inverse du PER : avec un PER de 20, il est de 5 % (ou 1/20 x 100 = 5 %).
- La prime de risque des actions est l’écart entre ce rendement bénéficiaire et le taux d’une obligation d’État. Elle rémunère l’incertitude propre aux actions.
Quand le taux sans risque monte, l’ajustement peut passer par trois canaux :
- Le cours baisse : le PER se contracte et, à bénéfices constants, le prix des actions baisse.
- Les bénéfices attendus montent : le PER recule, mais le le prix des actions tient si le bénéfice par action progresse assez.
- La prime de risque se comprime : les investisseurs acceptent d’être moins rémunérés pour le risque actions, et le PER baisse moins que les taux ne le voudraient.
Cela dit, comparer un rendement bénéficiaire à un taux d’État reste une approximation, car les bénéfices suivent en partie l’inflation alors que le coupon d’une obligation est fixe (du moins celles qui nous intéressent). C’est un repère, pas une mesure exacte.
De combien les taux obligataires ont-ils monté depuis janvier 2026 ?
Entre début janvier et fin septembre 2026, les taux d’État à 10 ans américain, français et japonais ont pris chacun environ 1 point, le Bund allemand 0,7 point. Le mouvement touche toutes les grandes dettes souveraines : il est mondial.
La cause est multifactorielle, mais de nombreux analystes s’accordent à dire qu’il y une conjugaison entre l’endettement massif des Etats-Unis, les pressions inflationnistes et la pression accrue sur la demande de capitaux instituée par les investissements IA.
Les capitaux n’ayant pas de frontière, la hausse des taux se répand sur l’économie mondiale.
| Emprunt d’État à 10 ans | Premier relevé 2026 | Dernier relevé | Variation |
| États-Unis (Treasury) | 4,19 % (2 janvier) | 5,18 % (24 septembre) | +0,99 point |
| France (OAT, TEC 10) | 3,59 % (2 janvier) | 4,63 % (25 septembre) | +1,04 point |
| Allemagne (Bund) | 2,87 % (2 janvier) | 3,58 % (25 septembre) | +0,71 point |
| Japon (JGB) | 2,11 % (5 janvier) | 3,07 % (24 septembre) | +0,96 point |
Sources : Trésor américain, Banque de France, Bundesbank, ministère des Finances japonais.
A noter que sur les taux à court terme, les banques centrales accompagnent le mouvement :
- La Réserve fédérale a relevé ses taux de 0,25 point le 16 septembre 2026, à une fourchette de 3,75-4,00 %.
- La BCE a porté son taux de dépôt à 2,50 %, avec effet le même jour.
Comment les bénéfices ont-ils compensé la hausse des taux à Wall Street ?
Entre le 30 juin et le 18 septembre 2026, le bénéfice par action attendu à 12 mois du S&P 500 a progressé de 8,8 % pendant que son PER reculait de 20,4 à 19,1 : le cours a gagné 1,8 % (FactSet).
| S&P 500 | Évolution du 30 juin au 18 septembre 2026 |
| PER à 12 mois | de 20,4 à 19,1 |
| Bénéfice par action attendu à 12 mois | +8,8 % |
| Cours de l’indice | +1,8 % |
Source : FactSet, Earnings Insight du 18 septembre 2026.
Sur l’année, l’écart est encore plus net.
- Le PER à 12 mois est passé de 22,0 au 31 décembre 2025 à 19,1 le 18 septembre 2026.
- Dans le même temps, la croissance des bénéfices attendue pour 2026 est passée de 15,0 % en décembre 2025 à 31,8 % (FactSet).
Le multiple (PER) a bien baissé, comme le prévoit le mécanisme des taux évoqué précédemment. Mais la hausse des bénéfices attendus l’a plus que compensé : les investisseurs paient moins cher chaque dollar de bénéfice, tout en anticipant beaucoup plus de dollars.
D’où vient la hausse des bénéfices attendus ?
Elle vient surtout des semi-conducteurs et de l’énergie (cf notre article sur les meilleures actions de 2026), deux moteurs liés respectivement à l’intelligence artificielle et à l’augmentation des prix du pétrole :
- Technologie : la croissance des bénéfices attendue au troisième trimestre 2026 atteint 63,3 %, mais seulement 24,2 % hors semi-conducteurs.
- Énergie : les bénéfices attendus du troisième trimestre ont été relevés de 16,9 % depuis le 30 juin, avec un pétrole en hausse de 47 % sur la période (de 69,50 $ à 101,91 $ le baril).
- Marges : la marge nette du S&P 500 a atteint 17,0 % au deuxième trimestre 2026, son plus haut niveau depuis que FactSet suit cet indicateur (2009).
- Révisions : les estimations du troisième trimestre ont été relevées de 1,6 % depuis le 30 juin, alors qu’elles reculent de 2,2 % en moyenne sur un trimestre depuis cinq ans.
Source : FactSet, Earnings Insight du 18 septembre 2026.
Le soutien est donc réel, mais concentré sur quelques secteurs. La solidité du S&P 500 dépend de leur trajectoire.
Le S&P 500 est-il bon marché à 19,1 fois les bénéfices ?
Non au regard des taux : son rendement bénéficiaire de 5,24 % ne dépasse le 10 ans américain (5,01 % le 18 septembre 2026) que d’environ 0,2 point.
Le PER de 19,1 se situe sous sa moyenne sur cinq ans (19,8), mais au niveau de sa moyenne sur dix ans (19,0), selon FactSet. Pour ainsi dire, un multiple revenu dans sa moyenne n’est pas un signe de décote quand le taux sans risque rapporte presque autant que les actions.
Autrement dit, les investisseurs ne sont presque plus rémunérés pour le risque actions. Ils paient pour la croissance des bénéfices à venir.
Le recul du PER ne suffit donc pas à qualifier le marché américain de bon marché : son niveau peut se justifier tant que les bénéfices progressent au rythme attendu.
Toutes les Bourses ont-elles résisté à la hausse des taux ?
Le cas du S&P 500 est loin d’être la norme. Par exemple, le CAC 40 a perdu 7,6 % entre son plus haut du 6 août et le 24 septembre 2026. Même à Wall Street, les valeurs sans lien avec l’IA reculent depuis fin juin.
Selon FactSet, les sociétés du S&P 500 qui ont évoqué l’IA lors de la publication de leurs résultats du deuxième trimestre ont progressé de 2,0 % entre le 30 juin et le 17 septembre 2026.
Les autres ont reculé de 2,2 %. La résistance de l’indice repose en partie sur un groupe restreint de valeurs.
| Marché (indice MSCI) | PER à 12 mois | Rendement bénéficiaire | Taux d’État à 10 ans | Écart | Ce qu’il faut en retenir |
| États-Unis (MSCI USA) | 20,06 | 4,99 % | 4,75 % | 0,2 point | Valorisation tendue : le marché ne tient que si les bénéfices suivent |
| France (MSCI France) | 14,22 | 7,03 % | 4,11 % | 2,9 points | Marché peu cher au regard des taux, mais sans moteur bénéficiaire comparable |
| Japon (MSCI Japan) | 16,38 | 6,10 % | 2,94 % | 3,2 points | Le PER a monté (15,70 fin mars) malgré la hausse des taux japonais |
Données au 31 août 2026. Sources : MSCI, Trésor américain, Banque de France, ministère des Finances japonais. Rendement bénéficiaire = 1 / PER.
Le marché américain, le plus cher au regard des taux, a tenu. Le marché français, le moins cher des trois, a reculé depuis août. La valorisation seule n’explique donc pas qui baisse : la dynamique des bénéfices pèse davantage.
Le Japon illustre l’autre cas de figure. La hausse des taux n’y a pas pesé sur les valorisations, et le MSCI Japan affichait +23,15 % depuis janvier au 31 août 2026 (dividendes nets réinvestis, en yens). Mais, ces performances passées ne préjugent pas des performances futures.
À l’échelle européenne, le PER du MSCI Europe est passé de 15,36 fin janvier à 14,80 fin août 2026, contre un passage de 20,02 à 18,55 pour le MSCI World (MSCI). Un marché déjà peu valorisé a moins de marge de baisse de son multiple.
Pourquoi la Bourse de Paris a-t-elle reculé alors qu’elle est moins chère ?
Son écart de près de 3 points avec l’OAT n’a pas compensé deux handicaps : très peu de valeurs portées par l’IA et une prime de risque propre à la dette française.
- Composition : la technologie pèse 3,17 % du MSCI France, contre 37,42 % du MSCI USA (MSCI, 31 août 2026). La cote parisienne peut donc difficilement profiter des révisions de bénéfices qui portent Wall Street, concentrées dans les semi-conducteurs.
- Risque souverain : l’OAT à 10 ans a atteint 4,67 % le 24 septembre 2026 (Banque de France). L’écart avec le Bund, passé d’environ 72 à 105 points de base depuis janvier, renchérit le financement de l’État et peut peser sur le coût du capital des entreprises françaises.
Le recul de Paris peut ainsi s’expliquer moins par sa valorisation que par l’absence du moteur bénéficiaire qui soutient Wall Street, doublée d’un risque national.
Qu’est-ce qui pourrait faire décrocher les actions ?
Le risque principal serait un retournement des révisions de bénéfices alors que les taux restent élevés, car c’est aujourd’hui la hausse des bénéfices attendus qui absorbe la baisse des multiples.
Quatre signaux permettent de suivre ce risque :
- Les révisions de bénéfices : au 18 septembre 2026, les estimations du troisième trimestre étaient relevées de 1,6 % depuis le 30 juin (FactSet). Un passage en territoire négatif retirerait le principal soutien du marché américain.
- Les indications des entreprises : 63 % des sociétés du S&P 500 ayant donné une indication sur leurs bénéfices du troisième trimestre l’ont relevée, contre 41 % en moyenne sur cinq ans (FactSet). Une inversion signalerait un essoufflement.
- L’écart entre rendement bénéficiaire et taux : à environ 0,2 point aux États-Unis, il laisse peu de marge. Chaque hausse supplémentaire du 10 ans réduit ce coussin si les bénéfices ne suivent pas.
- Le ralentissement attendu en 2027 : les analystes anticipent 15,2 % de croissance des bénéfices en 2027 et 1,5 % au deuxième trimestre 2027, après 31,8 % en 2026 (FactSet). Selon ces prévisions, le moteur qui compense aujourd’hui la hausse des taux ralentirait nettement.
Comment une gestion pilotée en ETF traverse-t-elle une hausse des taux ?
En répartissant l’épargne entre zones géographiques et classes d’actifs selon l’horizon du projet, elle limite la dépendance à un seul marché, et sa sécurisation progressive réduit la part d’actions à l’approche de l’échéance.
L’écart entre Wall Street et Paris en 2026 montre le risque d’un portefeuille concentré sur une seule zone.
L’assurance-vie Nalo Patrimoine et le PER Nalo investissent en ETF couvrant plusieurs zones et classes d’actifs, avec une allocation construite pour chaque projet et son horizon plutôt que selon un profil de risque standardisé.
Plus la date du projet approche, plus l’épargne est orientée vers des supports moins risqués profitant de la hausse des taux.

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