Le mercantilisme désigne, dans le vocabulaire des historiens de la pensée économique, un ensemble de pratiques et de doctrines économiques développées en Europe entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle.
Le terme est forgé a posteriori, notamment au XVIIIᵉ siècle par des auteurs comme Adam Smith, pour critiquer certaines politiques orientées vers le commerce extérieur et le rôle central de l’État.
L’Essentiel
- Le « mercantilisme » est une notion construite par les historiens et les économistes, plus qu’un programme unifié revendiqué par les acteurs.
- Il regroupe des politiques et pratiques variées où l’État cherche à articuler commerce extérieur, fiscalité et puissance du royaume.
- L’idée d’une richesse mondiale strictement fixe résume de manière simplificatrice des raisonnements de rivalité entre puissances plus que des théories formalisées.
- Le Sugar Act de 1764 s’inscrit dans un cadre mercantiliste, mais poursuit avant tout un objectif de recettes fiscales et de contrôle impérial.
- Le colbertisme reste un objet de débat : ses effets sur la croissance française font l’objet d’analyses nuancées, loin du récit d’une modernisation automatique.
Définition du mercantilisme :
Dans les manuels contemporains, on appelle mercantilisme un ensemble de politiques économiques où l’État cherche à renforcer la puissance du royaume en encadrant le commerce, la production et la circulation monétaire.
Plutôt qu’une théorie unifiée, il s’agit d’un regroupement a posteriori de textes, de règlements et de pratiques nationales, notamment en France, en Angleterre, en Espagne ou dans les Provinces-Unies.
Les historiens mettent souvent en avant plusieurs traits récurrents :
- rôle central de l’État dans l’organisation de l’économie ;
- importance accordée au commerce extérieur et à la balance des échanges ;
- volonté de renforcer la puissance politique et militaire par les recettes douanières et coloniales.
Exemple : un royaume va encourager ses marchands à exporter des produits manufacturés, renforcer sa flotte marchande et imposer des droits de douane sur certains produits importés.
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Pour aller plus loin
La question de la « richesse mondiale fixe »
On résume souvent le mercantilisme par l’idée que la richesse mondiale serait fixe, ce qui conduirait à un raisonnement de « jeu à somme nulle » entre nations.
Cette formulation est toutefois en grande partie le produit de lectures critiques ultérieures, plutôt que d’un programme explicite partagé par tous les auteurs dits mercantilistes.
Certains textes de l’époque laissent effectivement penser que les gouvernants raisonnent en termes de rivalité accrue pour l’accès à l’or, à l’argent ou aux marchés.
Mais il n’existe pas de doctrine mercantiliste unifiée posant clairement, de manière théorique, que la richesse mondiale est strictement et définitivement limitée.
Mercantilisme britannique, Navigation Acts et Sugar Act
En Angleterre, l’historiographie parle souvent de « mercantilisme » pour décrire les Navigation Acts et l’encadrement du commerce colonial aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
L’objectif était de faire transiter le commerce colonial par des navires britanniques, des ports autorisés, et de renforcer les recettes de la Couronne via droits de douane et monopoles commerciaux.
Le Sugar Act de 1764 ne constitue pas « l’exemple parfait » du mercantilisme, mais plutôt une mesure fiscale qui prolonge ce cadre réglementaire :
- il vise d’abord à augmenter les recettes de l’Empire britannique après la guerre de Sept Ans ;
- il renforce l’application des lois de navigation et le contrôle des douanes ;
- il a pour effet de réguler le commerce colonial et de limiter la contrebande.
Il ne s’agit pas principalement de « garantir un approvisionnement local britannique » en sucre, mais de sécuriser les revenus douaniers et de mieux contrôler les flux commerciaux au sein de l’Empire.
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Je découvre l’assurance-vie NaloColbertisme : une forme française de politique mercantiliste
En France, les politiques menées sous Jean-Baptiste Colbert (ministre de Louis XIV) sont souvent qualifiées de colbertisme dans la littérature économique contemporaine.
Colbert met en place :
- des manufactures royales (textile, glaces, etc.) bénéficiant de privilèges ;
- une politique douanière destinée à favoriser certains secteurs ;
- un renforcement des contrôles sur la qualité et la production.
Il serait toutefois excessif d’affirmer de manière tranchée que ces mesures ont « modernisé l’économie française » au sens d’un progrès linéaire vers la croissance et le capitalisme.
Les travaux d’historiens montrent que :
- certaines manufactures ont connu un réel succès ;
- d’autres dispositifs se sont révélés coûteux ou peu efficaces ;
- le bilan global du colbertisme fait encore l’objet de débat et ne se résume pas à un récit de modernisation incontestée.
Une catégorie historiographique, pas une “école” unifiée
Les auteurs qualifiés de « mercantilistes » ne se percevaient pas forcément comme membres d’une même école, ni comme les tenants d’une doctrine systématique.
La notion de mercantilisme est avant tout une catégorie historiographique, utile pour regrouper :
- des textes normatifs (ordonnances, règlements, traités) ;
- des politiques cherchant à articuler fiscalité, commerce extérieur et puissance de l’État ;
- un ensemble d’attitudes vis-à-vis du rôle économique de la monarchie.
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Pour aller plus loin
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